L’archéologie est comme un grand puzzle : chaque pièce nous permet de découvrir notre passé et de mieux comprendre ce que nous sommes aujourd’hui.

Les chercheurs

Angela Fuggi

Aix - Marseille université
Archéologie

De l'animal à l'objet : les gestes qui transforment la matière

Je suis jeune chercheuse d’Aix-Marseille Université en archéologie au sein du Laboratoire méditerranéen de préhistoire Europe-Afrique (LAMPEA). L’équipe dans laquelle je travaille s’intéresse aux sociétés préhistoriques : comment s’organisaient-elles et comment se sont-elles transformées ? Dans le cadre de mes recherches, j’étudie les outils et les objets de parure créés en os, en bois de cervidé, en dent ou en coquille, les parties dures du squelette animal. Je cherche à comprendre quels animaux ont été utilisés pour leur réalisation, comment les Hommes ont transformé la matière osseuse et avec quels gestes ils ont utilisé l’objet fini.

Les objets que j’étudie sont issus de sites archéologiques italiens, en plein air ou en grotte, occupés par les Hommes au début du Néolithique, soit il y a 8000 ans. Cette période est marquée par l’implantation, en Italie et dans le reste de la Méditerranée, des premiers groupes en provenance du Proche-Orient. Ces groupes sont arrivés avec leur économie basée sur l’agriculture et sur l’élevage. Les animaux domestiques viennent ain­si s’ajouter aux animaux sauvages et enrichissent le nombre d’espèces utilisées pour l’alimentation et la fa­brication d’objets.

Quels animaux ont alors été utili­sés pour fabriquer ces objets ? Pour répondre à cette question, je colla­bore avec des collègues archéozoo­logues, des spécialistes qui étudient les restes d’animaux. Déterminer le statut de l’animal, domestique ou sauvage, est important pour comprendre comment les groupes néolithiques se sont procurés les matières premières à transformer : par la chasse, par l’abattage de bétail, par collecte ou par échange.

Chaque geste accompli sur la matière en vue de sa transformation a laissé des traces, que j’observe minutieu­sement à l’oeil nu et au microscope. Pour leur interprétation, je m’appuie sur les travaux d’autres chercheurs, mais aussi, sur la comparaison avec un référentiel expérimental. J’ai, ainsi, scié ou fracturé des os pour réaliser des outils identiques à ceux utilisés pendant le Néolithique. À partir de la forme et de l’organisa­tion des traces je peux avancer des hypothèses sur la manière dont a été fabriqué l’objet et sur les gestes avec lesquels il a été utilisé.

Cette démarche me permettra, à terme, de mieux comprendre l’ensemble des activités domestiques ou des pratiques rituelles des sociétés préhistoriques et notamment de comprendre comment des sa­voir-faire se sont transmis.

Objectifs
  • Définir l’impact des animaux sauvages au sein des premières sociétés d’agriculteurs et d’éleveurs
  • Comprendre l’évolution de la forme des objets et des techniques employées en Italie au 6ème millénaire avant J.C.
  • Détecter les mécanismes de transmission culturelle